HENRY CHRISTOPHE - DÉCLARATION DU 20 NOVEMBRE 1816
L’année 2025 marque le bicentenaire de la publication de l’ordonnance du 17 avril 1825 du Roi français Charles X (1824-1830). Il « reconnait » l’indépendance d’Haïti en échange de ce que les historiens ont appelé une double dette. En voici le texte.
Voulant pourvoir à ce que réclame l’intérêt du commerce français, les malheurs des anciens colons de Saint-Domingue, et l’état précaire des habitants de cette île, nous avons ordonné ce qui suit :
Art. 1. Les ports de la partie française de Saint-Domingue seront ouverts au commerce de toutes les nations. Les droits perçus dans ces ports, soit sur les navires, soit sur les marchandises, tant à l’entrée qu’à la sortie seront égaux et uniformes pour tous les pavillons, excepté le pavillon français, en faveur duquel les droits seraient réduits de moitié.
Art. 2. Les habitants actuels de la partie française de Saint-Domingue verseront à la caisse générale des dépôts et consignations de France, en cinq termes égaux, d’année en année, le premier échéant au trente-et-un décembre 1825, la somme de cent cinquante millions de francs, destinés à dédommager les anciens colons qui réclameront des indemnités.
Art. 3. Nous concédons, à ces conditions, par la présente ordonnance aux habitants actuels de la partie française de Saint-Domingue, l’indépendance pleine et entière de leur gouvernement.
Cette ordonnance a été émise environ cinq ans après le décès d’Henry Christophe (8 octobre 1820). Madiou a écrit que cette ordonnance avait été rendue par Charles X de son autorité souveraine sans consulter le gouvernement haïtien. L’ordonnance devait être acceptée sans réserve, sinon la France aurait engagé des hostilités contre Haïti. (Thomas Madiou, Histoire d’Haïti, Tome VI, p. 448. Édition 1989.)
Le 25 mars 2025, la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME) a publié une note d’information consacrée à cette question. (« La double dette d’Haïti (1825-2025) – Une question actuelle » https://memoire-esclavage.org/double-dette-dhaiti.)
Dans cette note, les auteurs caractérisent la dette comme un mécanisme de passage d’une colonisation par l’esclavage à une néo-colonisation économique. « L’ordonnance de 1825, en imposant en Haïti cette indemnité de 150 millions de francs-or pour obtenir la reconnaissance de son indépendance, marque le début d’un cycle de dépendance économique durable. »
Dans cette déclaration, datée du 20 novembre 1816, le roi Henry Christophe a exprimé une vision différente. Il soutient que la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti devrait découler de relations diplomatiques fondées sur le respect des droits et des intérêts du peuple haïtien.
Nous avons choisi les extraits suivants pour notre montage artistique.
« Plein de confiance dans la justice de notre cause et de la légitimité de nos droits, et n’ayant point de secret à garder envers notre peuple, nos intérêts étant les mêmes et liés d’une manière indissoluble, nous nous sommes faits une impérieuse loi de traiter publiquement les affaires qui ont rapport à la liberté et à l’indépendance du peuple haytien.
Nous n’avons pas seulement à travailler pour assurer l’existence, la liberté et l’indépendance de la génération actuelle. Mais il faut encore, que nous travaillons pour assurer la possession et la jouissance de ces biens précieux, aux générations qui viendront
après nous. Et ce n’est que par nos constants efforts, notre sagesse et notre prudence que nous pourrons y parvenir.
À CES CAUSES, nous avons déclaré et nous déclarons solennellement que : Nous ne traiterons avec le gouvernement français, que sur le même pied, de puissance à puissance, de souverain à souverain.
Lorsque nous traiterons, nous ne consentirons à aucun traité quelconque, qui ne comprendrait la liberté et l’indépendance de la généralité des haytiens qui habitent les trois provinces du Royaume, connues sous la dénomination du Nord, de l’Ouest et du Sud, notre territoire, la cause du peuple haytien étant une et indivisible.
Le pavillon français ne sera point admis dans aucun des ports du Royaume, ni aucun individu de cette nation, jusqu’à ce que l’indépendance d’Hayti soit définitivement reconnue par le gouvernement français.
Nous remettons la justice de notre cause dans les mains de Dieu, qui punit toujours les injustes et les agresseurs. Nous soutiendrons la dignité de notre couronne, les droits et les intérêts du peuple haytien, et nous nous reposons avec confiance sur sa bravoure, son zèle et son amour pour la patrie, afin de nous seconder, de tous ses efforts, dans la défense de ses droits, de sa liberté et de son indépendance!
Donné en notre Palais de Sans-Souci, le 20 Novembre 1816. »
Nous publions sur le site du MVRH le document complet de la déclaration qui inclut aussi un ensemble de « pièces justificatives ».
https://www.haitirevolution.org/exhibition-gallery/futures-expositions/memoires-vivantes-de-la-revolution-haitienne/11