HENRY CHRISTOPHE - DÉCLARATION DU 20 NOVEMBRE 1816
  • December 05, 2025
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HENRY CHRISTOPHE - DÉCLARATION DU 20 NOVEMBRE 1816

L’année 2025 marque le bicentenaire de la publication de l’ordonnance du 17 avril 1825 du Roi français Charles X (1824-1830). Il « reconnait » l’indépendance d’Haïti en échange de ce que les historiens ont appelé une double dette. En voici le texte.

Voulant pourvoir à ce que réclame l’intérêt du commerce français, les malheurs des anciens colons de Saint-Domingue, et l’état précaire des habitants de cette île, nous avons ordonné ce qui suit :

Art. 1. Les ports de la partie française de Saint-Domingue seront ouverts au commerce de toutes les nations. Les droits perçus dans ces ports, soit sur les navires, soit sur les marchandises, tant à l’entrée qu’à la sortie seront égaux et uniformes pour tous les pavillons, excepté le pavillon français, en faveur duquel les droits seraient réduits de moitié.

Art. 2. Les habitants actuels de la partie française de Saint-Domingue verseront à la caisse générale des dépôts et consignations de France, en cinq termes égaux, d’année en année, le premier échéant au trente-et-un décembre 1825, la somme de cent cinquante millions de francs, destinés à dédommager les anciens colons qui réclameront des indemnités.

Art. 3. Nous concédons, à ces conditions, par la présente ordonnance aux habitants actuels de la partie française de Saint-Domingue, l’indépendance pleine et entière de leur gouvernement.

Cette ordonnance a été émise environ cinq ans après le décès d’Henry Christophe (8 octobre 1820). Madiou a écrit que cette ordonnance avait été rendue par Charles X de son autorité souveraine sans consulter le gouvernement haïtien. L’ordonnance devait être acceptée sans réserve, sinon la France aurait engagé des hostilités contre Haïti. (Thomas Madiou, Histoire d’Haïti, Tome VI, p. 448. Édition 1989.)

Le 25 mars 2025, la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME) a publié une note d’information consacrée à cette question. (« La double dette d’Haïti (1825-2025) – Une question actuelle » https://memoire-esclavage.org/double-dette-dhaiti.)

Dans cette note, les auteurs caractérisent la dette comme un mécanisme de passage d’une colonisation par l’esclavage à une néo-colonisation économique. « L’ordonnance de 1825, en imposant en Haïti cette indemnité de 150 millions de francs-or pour obtenir la reconnaissance de son indépendance, marque le début d’un cycle de dépendance économique durable. »

Dans cette déclaration, datée du 20 novembre 1816, le roi Henry Christophe a exprimé une vision différente. Il soutient que la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti devrait découler de relations diplomatiques fondées sur le respect des droits et des intérêts du peuple haïtien.

Nous avons choisi les extraits suivants pour notre montage artistique.

« Plein de confiance dans la justice de notre cause et de la légitimité de nos droits, et n’ayant point de secret à garder envers notre peuple, nos intérêts étant les mêmes et liés d’une manière indissoluble, nous nous sommes faits une impérieuse loi de traiter publiquement les affaires qui ont rapport à la liberté et à l’indépendance du peuple haytien.

Nous n’avons pas seulement à travailler pour assurer l’existence, la liberté et l’indépendance de la génération actuelle. Mais il faut encore, que nous travaillons pour assurer la possession et la jouissance de ces biens précieux, aux générations qui viendront
après nous. Et ce n’est que par nos constants efforts, notre sagesse et notre prudence que nous pourrons y parvenir.

À CES CAUSES, nous avons déclaré et nous déclarons solennellement que : Nous ne traiterons avec le gouvernement français, que sur le même pied, de puissance à puissance, de souverain à souverain.

Lorsque nous traiterons, nous ne consentirons à aucun traité quelconque, qui ne comprendrait la liberté et l’indépendance de la généralité des haytiens qui habitent les trois provinces du Royaume, connues sous la dénomination du Nord, de l’Ouest et du Sud, notre territoire, la cause du peuple haytien étant une et indivisible.

Le pavillon français ne sera point admis dans aucun des ports du Royaume, ni aucun individu de cette nation, jusqu’à ce que l’indépendance d’Hayti soit définitivement reconnue par le gouvernement français.

Nous remettons la justice de notre cause dans les mains de Dieu, qui punit toujours les injustes et les agresseurs. Nous soutiendrons la dignité de notre couronne, les droits et les intérêts du peuple haytien, et nous nous reposons avec confiance sur sa bravoure, son zèle et son amour pour la patrie, afin de nous seconder, de tous ses efforts, dans la défense de ses droits, de sa liberté et de son indépendance!

Donné en notre Palais de Sans-Souci, le 20 Novembre 1816. »

Nous publions sur le site du MVRH le document complet de la déclaration qui inclut aussi un ensemble de « pièces justificatives ».

https://www.haitirevolution.org/exhibition-gallery/futures-expositions/memoires-vivantes-de-la-revolution-haitienne/11

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La Révolution haïtienne : l’un des événements les plus importants de l’histoire mondiale

La Révolution haïtienne (1791–1804) est un tournant majeur dans l’histoire de l’humanité. Unique en son genre, elle marque la seule révolte d’esclaves ayant abouti à la création d’un État libre et indépendant, dirigé par d’anciens esclaves. Cet événement a non seulement changé le destin de Saint-Domingue, colonie française prospère, mais aussi ébranlé l’ordre mondial esclavagiste de l’époque. b~Contexte : Une colonie d’or et de sang~b Au XVIIIe siècle, Saint-Domingue (l’actuelle Haïti) était la colonie la plus riche des Amériques, grâce à l’exploitation du sucre, du café et de l’indigo. Cette richesse reposait sur le travail forcé de plus de 500 000 esclaves africains, sous la domination brutale d’environ 30 000 colons blancs et quelques milliers de libres de couleur. Inspirés par les idéaux des Lumières et la Révolution française de 1789, les esclaves, affranchis et mulâtres revendiquent à leur tour la liberté, l’égalité et la fraternité. b~Le soulèvement de 1791 : Le début d’une lutte historique~b Dans la nuit du 22 au 23 août 1791, des milliers d’esclaves se soulèvent dans le nord de la colonie. Ce soulèvement, orchestré par des leaders comme Dutty Boukman, amorce une guerre longue, sanglante et déterminée contre l’ordre esclavagiste. Parmi les grandes figures de cette révolution, on retrouve : Toussaint Louverture, stratège politique et militaire remarquable, Jean-Jacques Dessalines, qui mènera la lutte jusqu’à l’indépendance, Henri Christophe et Alexandre Pétion, qui joueront aussi des rôles cruciaux. b~L’abolition de l’esclavage et la naissance de la liberté~b En 1793, la République française abolit l’esclavage à Saint-Domingue. Mais la paix est de courte durée. Napoléon Bonaparte, en quête de rétablir l’ordre colonial, envoie une puissante armée pour réimposer l’esclavage. Après de violents combats, les révolutionnaires haïtiens remportent une victoire décisive contre les troupes françaises. Le 1er janvier 1804, Jean-Jacques Dessalines proclame l’indépendance d’Haïti, devenant ainsi le premier pays noir libre au monde, et la première république postcoloniale de l’histoire. b~Un impact mondial~b La Révolution haïtienne a eu un impact considérable : Elle a accéléré l’effondrement du système esclavagiste dans les Amériques. Elle a inspiré d’autres mouvements de libération en Amérique latine, en Afrique et ailleurs. Elle a modifié l’équilibre géopolitique mondial, poussant Napoléon à vendre la Louisiane aux États-Unis en 1803. Elle a servi de symbole de résistance et de dignité pour les peuples opprimés. b~Pourquoi la Révolution haïtienne reste-t-elle méconnue ?~b Malgré son importance historique, la Révolution haïtienne reste souvent marginalisée dans les récits historiques. Cette invisibilisation est due à un mélange de racisme, de colonialisme historique et de peur de voir d’autres peuples opprimés s’inspirer de cette victoire. b~Un héritage à célébrer~b La Révolution haïtienne n’est pas seulement une victoire nationale, c’est un patrimoine de l’humanité. Elle incarne le courage, la dignité et la résistance face à l’injustice. C’est un rappel puissant que même les plus opprimés peuvent écrire l’histoire lorsqu’ils se lèvent pour la liberté.

HENRY CHRISTOPHE - DÉCLARATION DU 20 NOVEMBRE 1816

L’année 2025 marque le bicentenaire de la publication de l’ordonnance du 17 avril 1825 du Roi français Charles X (1824-1830). Il « reconnait » l’indépendance d’Haïti en échange de ce que les historiens ont appelé une double dette. En voici le texte. Voulant pourvoir à ce que réclame l’intérêt du commerce français, les malheurs des anciens colons de Saint-Domingue, et l’état précaire des habitants de cette île, nous avons ordonné ce qui suit : Art. 1. Les ports de la partie française de Saint-Domingue seront ouverts au commerce de toutes les nations. Les droits perçus dans ces ports, soit sur les navires, soit sur les marchandises, tant à l’entrée qu’à la sortie seront égaux et uniformes pour tous les pavillons, excepté le pavillon français, en faveur duquel les droits seraient réduits de moitié. Art. 2. Les habitants actuels de la partie française de Saint-Domingue verseront à la caisse générale des dépôts et consignations de France, en cinq termes égaux, d’année en année, le premier échéant au trente-et-un décembre 1825, la somme de cent cinquante millions de francs, destinés à dédommager les anciens colons qui réclameront des indemnités. Art. 3. Nous concédons, à ces conditions, par la présente ordonnance aux habitants actuels de la partie française de Saint-Domingue, l’indépendance pleine et entière de leur gouvernement. Cette ordonnance a été émise environ cinq ans après le décès d’Henry Christophe (8 octobre 1820). Madiou a écrit que cette ordonnance avait été rendue par Charles X de son autorité souveraine sans consulter le gouvernement haïtien. L’ordonnance devait être acceptée sans réserve, sinon la France aurait engagé des hostilités contre Haïti. (Thomas Madiou, Histoire d’Haïti, Tome VI, p. 448. Édition 1989.) Le 25 mars 2025, la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME) a publié une note d’information consacrée à cette question. (« La double dette d’Haïti (1825-2025) – Une question actuelle » https://memoire-esclavage.org/double-dette-dhaiti.) Dans cette note, les auteurs caractérisent la dette comme un mécanisme de passage d’une colonisation par l’esclavage à une néo-colonisation économique. « L’ordonnance de 1825, en imposant en Haïti cette indemnité de 150 millions de francs-or pour obtenir la reconnaissance de son indépendance, marque le début d’un cycle de dépendance économique durable. » Dans cette déclaration, datée du 20 novembre 1816, le roi Henry Christophe a exprimé une vision différente. Il soutient que la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti devrait découler de relations diplomatiques fondées sur le respect des droits et des intérêts du peuple haïtien. Nous avons choisi les extraits suivants pour notre montage artistique. « Plein de confiance dans la justice de notre cause et de la légitimité de nos droits, et n’ayant point de secret à garder envers notre peuple, nos intérêts étant les mêmes et liés d’une manière indissoluble, nous nous sommes faits une impérieuse loi de traiter publiquement les affaires qui ont rapport à la liberté et à l’indépendance du peuple haytien. Nous n’avons pas seulement à travailler pour assurer l’existence, la liberté et l’indépendance de la génération actuelle. Mais il faut encore, que nous travaillons pour assurer la possession et la jouissance de ces biens précieux, aux générations qui viendront après nous. Et ce n’est que par nos constants efforts, notre sagesse et notre prudence que nous pourrons y parvenir. À CES CAUSES, nous avons déclaré et nous déclarons solennellement que : Nous ne traiterons avec le gouvernement français, que sur le même pied, de puissance à puissance, de souverain à souverain. Lorsque nous traiterons, nous ne consentirons à aucun traité quelconque, qui ne comprendrait la liberté et l’indépendance de la généralité des haytiens qui habitent les trois provinces du Royaume, connues sous la dénomination du Nord, de l’Ouest et du Sud, notre territoire, la cause du peuple haytien étant une et indivisible. Le pavillon français ne sera point admis dans aucun des ports du Royaume, ni aucun individu de cette nation, jusqu’à ce que l’indépendance d’Hayti soit définitivement reconnue par le gouvernement français. Nous remettons la justice de notre cause dans les mains de Dieu, qui punit toujours les injustes et les agresseurs. Nous soutiendrons la dignité de notre couronne, les droits et les intérêts du peuple haytien, et nous nous reposons avec confiance sur sa bravoure, son zèle et son amour pour la patrie, afin de nous seconder, de tous ses efforts, dans la défense de ses droits, de sa liberté et de son indépendance! Donné en notre Palais de Sans-Souci, le 20 Novembre 1816. » Nous publions sur le site du MVRH le document complet de la déclaration qui inclut aussi un ensemble de « pièces justificatives ». https://www.haitirevolution.org/exhibition-gallery/futures-expositions/memoires-vivantes-de-la-revolution-haitienne/11

Comment la Révolution haïtienne a changé l’histoire de l’esclavage dans le monde

La Révolution haïtienne (1791–1804) ne fut pas seulement un événement national. Elle a été un séisme mondial, bouleversant le système esclavagiste dans les Amériques et en Europe. Pour la première fois dans l’histoire, des esclaves se sont soulevés, ont vaincu l’une des plus grandes puissances coloniales, et ont fondé une république libre et indépendante. Cette révolution a profondément transformé la vision du monde sur l’esclavage, la liberté et les droits humains. b~Un monde dominé par l’esclavage~b À la veille de la Révolution haïtienne, l’esclavage était au cœur de l’économie mondiale. Des millions d’Africains étaient déportés vers les Amériques pour travailler dans les plantations de sucre, de coton, de café et de tabac. Ce système cruel était justifié par des doctrines racistes et protégé par les plus grandes puissances européennes. La colonie de Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti) était l’un des piliers de ce système. Avec plus de 500 000 esclaves et une production colossale de richesses, elle était la plus rentable des colonies françaises. Mais sous cette richesse se cachait une violence extrême, des souffrances indicibles, et une volonté farouche de liberté. b~La révolution d’Haïti : un choc historique~b En 1791, les esclaves de Saint-Domingue se soulèvent, donnant le coup d’envoi à une révolution sans précédent. Menée par des figures comme Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessalines et Henri Christophe, cette guerre d’indépendance aboutit à l’abolition de l’esclavage dans la colonie, puis à la naissance d’Haïti en 1804, première république noire libre. C’est la première fois dans l’histoire qu’un peuple asservi renverse ses oppresseurs et fonde un État libre. Un message clair est envoyé au monde : les esclaves ne sont pas des objets, mais des hommes capables de s’organiser, de se battre et de gouverner. b~L’impact direct sur l’histoire de l’esclavage~b 1. Une inspiration pour les autres peuples opprimés La victoire des esclaves haïtiens a inspiré de nombreuses révoltes dans les Caraïbes, aux États-Unis et en Amérique latine. Des esclaves et des abolitionnistes ont vu en Haïti la preuve vivante que l’émancipation était possible. 2. Un accélérateur du mouvement abolitionniste La peur de voir d’autres révoltes similaires poussera plusieurs puissances à reconsidérer l’esclavage. En Grande-Bretagne, en France et ailleurs, les mouvements abolitionnistes gagnent en force. La Grande-Bretagne abolit la traite en 1807, puis l’esclavage en 1833. La France, après plusieurs allers-retours, abolit définitivement l’esclavage en 1848. Les États-Unis, marqués par l’exemple haïtien, finiront par abolir l’esclavage en 1865. 3. Une rupture idéologique La Révolution haïtienne a démasqué l’hypocrisie des Lumières : alors que l’Europe parlait de liberté et de droits de l’homme, elle continuait à pratiquer l’esclavage. Haïti incarne la mise en pratique réelle de ces idéaux universels, par les plus marginalisés. b~Les résistances à l’héritage haïtien~b Malgré son influence, Haïti a été isolée diplomatiquement. Les puissances esclavagistes ont craint que l’exemple haïtien ne fasse des émules. Les États-Unis, la France et d’autres nations ont refusé de reconnaître l’indépendance d’Haïti pendant des années. Pire encore, en 1825, la France impose une dette colossale à Haïti, en échange de la reconnaissance de son indépendance. Ce rejet visait à étouffer symboliquement l’héritage haïtien, mais les faits demeurent : Haïti a ouvert la voie à la fin de l’esclavage dans le monde moderne. b~Une révolution trop souvent oubliée~b Aujourd’hui encore, la Révolution haïtienne est peu enseignée dans les livres d’histoire, alors qu’elle a bouleversé l’ordre mondial. Ce silence s’explique par des raisons politiques, raciales et idéologiques. Mais dans les mémoires des peuples en lutte, Haïti est un flambeau de courage et de libération. b~Haïti, berceau de la liberté noire~b La Révolution haïtienne a changé à jamais la place des Noirs dans le monde. Elle a prouvé que l’histoire pouvait être écrite par ceux qu’on croyait condamnés à la servitude. En brisant les chaînes, Haïti a ouvert la voie à un monde où la liberté n’est plus un privilège, mais un droit universel.

Les femmes dans la Révolution haïtienne : combattantes de l’ombre et symboles de liberté

Longtemps invisibilisées dans les récits officiels, les femmes de la Révolution haïtienne ont pourtant joué un rôle central dans l’un des plus grands bouleversements de l’histoire mondiale. Qu’elles soient guerrières, espionnes, nourricières, soignantes, ou messagères, elles ont combattu aux côtés des hommes, porté la cause de la liberté, et laissé un héritage fort, bien que souvent méconnu. Ces combattantes de l’ombre sont aussi des symboles puissants de résistance, de dignité et d’émancipation. b~Les femmes esclaves, premières victimes de la colonisation~b Dans la colonie de Saint-Domingue, les femmes esclaves subissent une double oppression : raciale et genrée. Exploitées dans les plantations, violées, vendues, séparées de leurs enfants, elles vivent l’horreur au quotidien. Mais elles développent aussi des formes de résistance culturelle, spirituelle et physique. Avant même le soulèvement de 1791, certaines femmes participent aux révoltes, transmettent les traditions africaines, préservent les liens familiaux, et résistent à l’humiliation. b~Les rôles multiples des femmes dans la révolution~b 1. Des combattantes sur le champ de bataille Plusieurs femmes ont pris les armes, commandé des troupes ou soutenu les armées révolutionnaires. Sanité Bélair, officier dans l’armée de Toussaint Louverture, est l’une des figures les plus connues. Capturée par les Français en 1802, elle refuse de se faire exécuter à genoux, criant « Vive l’indépendance » jusqu’à son dernier souffle. Marie-Jeanne Lamartinière s’est illustrée lors de la bataille de Crête-à-Pierrot, tenant tête aux forces françaises avec un courage remarquable. Habillée en uniforme de soldat, elle a combattu aux côtés de son mari et gagné l’admiration de ses compagnons d’armes. 2. Des informatrices et stratèges silencieuses D’autres femmes ont œuvré dans l’ombre : en tant qu’espionnes, messagères ou organisatrices logistiques, elles ont assuré la communication entre les groupes rebelles, caché des armes, soigné les blessés ou saboté les plans ennemis. Elles circulaient librement entre les plantations, les villes et les camps, échappant souvent à la surveillance coloniale grâce à leur statut supposé « inoffensif ». 3. Des figures symboliques de la liberté noire Certaines femmes ont été érigées en symboles par la mémoire populaire, notamment les mambo (prêtresses vaudou) qui ont inspiré la résistance spirituelle. C’est le cas de Cécile Fatiman, qui aurait co-célébré la cérémonie du Bois Caïman avec Dutty Boukman, marquant le début de la révolte générale. Leur rôle dans la mobilisation psychologique et culturelle est inestimable : elles ont ravivé la mémoire africaine, nourri l’identité noire, et rappelé que la liberté n’était pas seulement politique, mais aussi intérieure. b~Une reconnaissance tardive, mais essentielle~b Malgré leur contribution, les femmes de la Révolution haïtienne ont été largement effacées des manuels d’histoire. Ce silence historique reflète le patriarcat colonial et postcolonial. Pourtant, les récentes recherches et les mouvements féministes haïtiens remettent peu à peu en lumière ces héroïnes oubliées. b~Un héritage pour les générations futures~b Ces femmes ont légué à Haïti et au monde : Une image forte de la femme noire résistante, Une leçon de courage et de sacrifice, Une mémoire collective fondée sur l’égalité dans la lutte pour la liberté. Elles rappellent que la révolution haïtienne n’est pas seulement une guerre d’hommes, mais un soulèvement collectif où chaque femme, chaque geste, chaque voix a compté. b~Les piliers silencieux de la liberté~b Reconnaître les femmes dans la Révolution haïtienne, c’est rendre justice à l’histoire. C’est comprendre que la liberté d’Haïti s’est bâtie aussi sur leurs bras, leur sang, leurs prières et leur intelligence. Ce sont les mères, sœurs, épouses et guerrières de la nation. Et leur combat continue d’inspirer toutes les luttes modernes pour la justice, l’égalité et la mémoire.

La Révolution haïtienne : origines, événements clés et héritage mondial

La Révolution haïtienne (1791–1804) est l’un des mouvements de libération les plus puissants et les plus influents de l’histoire mondiale. Cette révolution d’esclaves a renversé l’un des systèmes coloniaux les plus brutaux de l’époque pour donner naissance à la première république noire indépendante du monde : Haïti. À travers ses origines profondes, ses événements marquants et son héritage durable, elle continue d’inspirer les luttes pour la liberté et l’égalité. b~Les origines de la Révolution haïtienne~b À la fin du XVIIIe siècle, Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti) était la colonie la plus prospère des Antilles, produisant plus de la moitié du sucre et du café consommé en Europe. Cette richesse s’appuyait sur l’exploitation de plus de 500 000 esclaves africains, travaillant dans des conditions inhumaines au service d’une minorité blanche et d’une petite élite de libres de couleur. La société coloniale était profondément inégalitaire et violente. Trois éléments majeurs vont nourrir les flammes de la révolte : Les idées des Lumières et les principes de la Révolution française (1789) : liberté, égalité, droits de l’homme. Les injustices raciales infligées aux libres de couleur, qui étaient riches pour certains, mais privés de droits politiques. Le système esclavagiste, fondé sur la terreur et l’humiliation, contre lequel les esclaves africains n’ont jamais cessé de résister, de fuir ou de s’organiser. b~Les événements clés de la Révolution haïtienne~b 1. Le soulèvement d’août 1791 Dans la nuit du 22 au 23 août 1791, un soulèvement massif d’esclaves éclate dans le nord de la colonie. Guidé par des leaders spirituels comme Dutty Boukman, ce soulèvement marque le début de la révolution haïtienne. Des plantations sont incendiées, des colons tués, et un climat de guerre s’installe dans la colonie. 2. L’émergence de Toussaint Louverture Ancien esclave devenu brillant stratège, Toussaint Louverture devient une figure centrale de la révolution. Il organise les armées noires, négocie avec les puissances étrangères et parvient à faire abolir l’esclavage par la République française en 1794. Gouverneur de la colonie, il établit un gouvernement autonome et rédige une constitution en 1801. 3. Le retour des ambitions napoléoniennes En 1802, Napoléon Bonaparte envoie une armée pour reprendre le contrôle de la colonie et rétablir l’esclavage. S’ensuit une guerre féroce. Toussaint est capturé et déporté en France, où il meurt en prison en 1803. 4. La victoire et l’indépendance Sous la direction de Jean-Jacques Dessalines, les révolutionnaires remportent une victoire décisive contre les troupes françaises à Vertières en novembre 1803. Le 1er janvier 1804, Dessalines proclame l’indépendance de la nouvelle nation : Haïti. b~Un héritage mondial~b 1. Première république noire Haïti devient la première nation libre fondée par d’anciens esclaves. C’est un précédent historique unique dans l’histoire mondiale. 2. Un coup porté à l’esclavage dans le monde La victoire haïtienne inspire les peuples opprimés dans les Amériques, en particulier dans les Caraïbes, aux États-Unis et en Amérique latine. Elle accélère aussi le déclin du système esclavagiste, même si ce combat continuera pendant tout le XIXe siècle. 3. Un symbole de liberté~b Haïti devient un symbole de dignité et de résistance pour les peuples colonisés du monde entier. Son exemple montre que la liberté peut triompher, même contre les puissances les plus fortes. b~Pourquoi la Révolution haïtienne est encore trop peu connue ?~b Malgré sa portée universelle, la Révolution haïtienne reste peu enseignée et souvent minimisée dans les récits historiques. Ce silence s’explique par des raisons géopolitiques, raciales et économiques. Pourtant, son importance est comparable à celle de la Révolution française ou de la guerre d’indépendance américaine. b~Une mémoire vivante~b La Révolution haïtienne n’est pas seulement une histoire nationale, mais une leçon pour l’humanité. Elle incarne la capacité des peuples à se libérer de l’oppression et à construire un avenir fondé sur la justice et la liberté. En célébrant cette révolution, nous honorons non seulement Haïti, mais aussi la lutte universelle pour les droits humains.

GUYODO : A manifesting energy

The name on Guyodo’s birth certificate is Frantz Jacques. Born on December 7, 1973, he spent his formative years in the vibrant district of Granri, located in the heart of Port-au-Prince, Haiti. He creates drawings, paintings, and sculptures as a medium to share the vivid images that are dancing in his mind. Guyodo is his artist’s name. In October 2024, I encountered Guyodo at Quisqueya University in Port-au-Prince. I had met him before, but this time, he seemed different. He was filled with anger. Because of the gang violence, he had lost his art studio in Granri. He not only suffered a financial setback, but also lost the place that sparked his creativity, leading to the creation of stunning works of art. That gave him a feeling of disgust. From October 22 to 26, 2024, the Virtual Museum of the Haitian Revolution (VMHR) held a training seminar in partnership with the Cultural Conservation Center at Quisqueya University (CCC-UniQ). The seminar gathered 20 artists from Port-au-Prince who had been victims of insecurity. It provided an opportunity to listen to their stories and discuss their experiences, which helped us better understand their situation. The objective was to identify the actions that we could take to protect the artworks and improve the living conditions of artists. After the training seminar, with the support of ALIPH (https://www.aliph-foundation.org), we helped the artists to relocate endangered artworks. We provided them with resources so they can keep creating. These included paints, paintbrushes, canvas, pliers, drills, batteries, metal sheets, and air compressors. Guyodo was one of the artists who was determined to get back on his feet so he could continue to impart his knowledge to the children in his neighborhood. He told us bluntly that the modest assistance we could offer would not be enough to compensate for his losses. However, he appreciated it as a gesture of encouragement to get back to work. In fact, Guyodo has never stopped working. During the training seminar, he didn’t use the notebook we gave him to take notes. He spent most of his time drawing. He understood everything we explained, but he had an overwhelming desire to draw out the dancing images in his mind. One year later, I was very happy to see the poster announcing the opening of his exhibition. I had a conversation with him to express my congratulations. I also asked him to send me some photos of the paintings that will be displayed. When I inquired whether he had new paintings for this exhibition, he replied, “Everything is new.” He shared photos of these three paintings along with videos of many others. For those familiar with elements of Vodou visual culture, such as vèvè, bizango images, and representations of Legba or Bawon Samdi, these paintings are striking. They convey messages of hope and strength to overcome the fear of death and despair. The power and vibrations emanating from Guyodo’s paintings give them unparalleled originality. I sent him this message: “The paintings are powerful, Guyodo. What do these images represent?” Here is his reply. “For me, it’s just energy. An energy that is set free. Many people will see it for what it is. But some people told me that this painting depicts a particular spiritual entity or a particular object. I don’t go there. All I can see is a manifesting energy.” During the final session of the training seminar, Guyodo shared that he creates art because he wants Haiti to move forward. Through his latest creations, he conveys that his beloved Haiti still has the strength and energy to free itself from its current dire situation. Let’s go see the Guyodo exhibition! Olsen Jean-Julien, PhD December 10, 2025

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