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Le Musée virtuel de la révolution haïtienne lance officiellement son système d’information ce jeudi 20 novembre 2025

NOTE D’INFORMATION Le Musée virtuel de la révolution haïtienne (MVRH) a le plaisir de vous informer du lancement officiel de son système d’information. Le système d’information est une plateforme relationnelle composée d’un site web et d’une base de données. Il met en valeur, protège et transmet le patrimoine culturel haïtien. Il favorise la diffusion de connaissances et la collaboration entre les organismes publics, les universités, les chercheurs, les organisations dédiées à la protection du patrimoine et le public. De cette manière, il renforce les partenariats existants et inspire la réalisation d’initiatives et de projets conjoints au service de la mémoire collective. Le Musée virtuel de la révolution haïtienne est un organisme sans but lucratif. Notre ambition est de rendre accessible au public une information exhaustive sur la riche tradition d’interprétation et de représentation de la Révolution haïtienne. Cette tradition remonte à l’époque même de la Révolution (1791-1820). Nous proposons des ressources provenant de différents groupes de recherche, de centres de documentation, d’archives, d’universités, d’artistes et de producteurs. Vous découvrirez une gamme de ressources sur la révolution haïtienne, incluant des ouvrages scientifiques et de fiction, des articles, des expositions, des jeux vidéo, des films, des bases de données, des documents d’archives historiques, des thèses et des mémoires. En collaboration avec la Smithsonian Institution et l’Alliance pour la protection du patrimoine culturel (ALIPH), nous travaillons avec une équipe d’experts en technologie de l’information pour créer une base de données accessible à plusieurs catégories d’utilisateurs (touristes, étudiants, chercheurs, artistes, spécialistes du patrimoine et visiteurs occasionnels). Cette équipe a élaboré l’infrastructure technologique en adaptant la plateforme ARCHES, développée par le Getty Conservation Institute. Le MVRH et ses partenaires ajouteront ensuite progressivement des contenus et des fonctionnalités additionnelles. Nous avons conclu des accords avec le Centre International de Documentation et d’Information Haïtienne, Caribéenne et Afro-canadienne (CIDIHCA) et le ministère de la Culture et de la Communication d’Haïti. Grâce à ces protocoles conclus après des discussions avec les responsables des Archives nationales d’Haïti (ANH), du Bureau national d’ethnologie (BNE) et de l’Institut de sauvegarde du patrimoine national (ISPAN), ces institutions du ministère deviennent des partenaires de ce projet. Nous travaillons aussi avec d’autres institutions privées, comme des bibliothèques, des universités, des chaires de recherche, des associations et des centres de documentation, afin d’enrichir la base de données. Le ministre de la Culture et de la Communication, Patrick Delatour, a souligné que de nombreux inventaires avaient été effectués depuis 1970, ce qui a considérablement amélioré la préservation et la valorisation du patrimoine culturel haïtien. Il est désormais possible de mieux structurer ces connaissances et de les utiliser pour une gestion plus efficace des défis et des opportunités actuels. Le système d’information du MVRH fournit la preuve que les musées virtuels ne se limitent pas à une plateforme numérique offrant une visualisation en trois dimensions d’objets grâce à l’interaction et à l’immersion. Un musée virtuel est un système de représentation des mondes potentiels imaginés par une communauté humaine. L’objectif d’un musée virtuel consacré à une révolution n’est pas de mettre en évidence les atrocités de la violence et les insurrections qui peuvent être associées à une période révolutionnaire. Ce n’est pas la violence ni l’insurrection qui définissent une révolution. D’une part, il y a des violences insurrectionnelles sans révolutions dans les actions des gangs terroristes. D’autre part, certaines révolutions se dissocient de la violence. On peut citer la Révolution tranquille au Québec, la révolution copernicienne dans les sciences, ou encore la révolution artistique contemporaine. Selon les récentes recherches anthropologiques, une révolution est un processus cosmogonique visant à forger un nouveau monde, de nouveaux temps et de nouveaux sujets sociaux. Il s’agit d’un ensemble complexe d’évènements réalisés par un groupe social sous la direction de leaders exceptionnels et charismatiques. Les révolutions sont des phénomènes de rupture qui aboutissent à des transformations collectives et individuelles en remettant en question les discours dominants. Comme processus cosmogoniques, les révolutions permettent l’émergence de nombreuses visions sur les origines et les finalités du temps historiquement vécu, en imaginant l’avènement d’un monde nouveau et différent dans tous ses aspects. Dans le cas de la Révolution haïtienne, une constellation d’utopies a surgi sous la forme de mondes potentiels imaginés. Elles ont émergé au cœur d’un ensemble de contradictions sociales et économiques, de conflits armés et d’intrigues politiques visant la division des acteurs. Les diverses formes de luttes fratricides pour le pouvoir qui en résultent ont empêché l’actualisation de ces mondes potentiels. François Makandal envisageait l’émergence d’un monde où des paquets mystiques, des incantations et des potions pourraient guérir les plaies et les maladies perçues comme des maléfices liés au système esclavagiste. Toussaint Louverture avait imaginé un monde où la fraternité et l’amitié entre personnes de diverses origines ethniques engendrent la prospérité et la splendeur dans une société où la main-d’œuvre est libérée de l’esclavage. « Ne formez plus entre vous qu’un peuple de frères, une seule famille… Prouvez-leur qu’un sol cultivé par des mains libres peut aussi bien fructifier que celui qui est cultivé par des esclaves » proclamait Toussaint. Jean-Jacques Dessalines avait rêvé d’un monde où le courage, la justice, l’intégrité, la loyauté, la fraternité, les célébrations, les danses festives et la liberté religieuse s’affirment comme des expressions culturelles d’un peuple qui a osé être libre. « Nous avons osé être libres, osons l’être par nous-mêmes et pour nous-mêmes », disait-il. Henry Christophe envisageait la construction d’un monde jalonné de « superbes monuments » architecturaux où l’économie, l’instruction publique, l’ordre, la discipline, les sciences et les beaux-arts prospéreraient. Alexandre Pétion, quant à lui, envisageait un monde où la tolérance et une répartition plus équitable des richesses matérielles favoriseraient la paix sociale. Le système d’information du Musée virtuel de la Révolution haïtienne a été conçu pour contribuer à une meilleure représentation des mondes potentiels imaginés par ces Afrodescendants, notamment entre 1750 et 1820. Il permettra d’explorer la manière dont ces mondes alternatifs sont représentés dans la culture visuelle haïtienne contemporaine à travers les rituels du vodou, l’architecture, les arts culinaires, la peinture, la sculpture, le cinéma, les jeux et la littérature. Le système d’information du MVRH aura quatre fonctions principales : 1. Faciliter l’intégration systématique des informations sur la révolution haïtienne dans les programmes d’enseignement, en histoire, en géographie, en arts et en sciences humaines. 2. Fournir des données exhaustives et actualisées sur l’état de conservation du patrimoine culturel haïtien pour des expositions muséales et des projets de conservation. 3. Faciliter la gestion des risques de détérioration et de destruction du patrimoine culturel en situation d’urgence en Haïti en fournissant des données fiables pour contacter les parties prenantes et coordonner les efforts de sauvetage et de préservation. 4. Renforcer la collaboration entre les réseaux de recherche, les universités, les créateurs, les institutions culturelles publiques et les communautés d’origine haïtienne à travers le monde. Le système d’information du Musée virtuel de la révolution haïtienne est lancé comme un projet inachevé. Cet inachèvement stratégique nous permet d’offrir des occasions d’interactions créatives pour mieux accueillir vos contributions. Écrivez-nous à info@haitirevolution.org Nous invitons des scientifiques, des chercheurs et des artistes de tous ces domaines à nous envoyer des extraits de leurs créations pour diffusion. Nous profitons de ce lancement pour remercier des spécialistes comme Marlene L. Daut et Sudhir Hazareesingh, entre autres, qui ont déjà contribué au système d’information. Montréal, le 20 novembre 2025 Olsen Jean-Julien, PhD Directeur Exécutif Musée Virtuel de la Révolution Haïtienne olsen.jean.julien@umontreal.ca olsen2jj@gmail.com

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COMMUNIQUÉ DE PRESSE - Remise du Prix Albert Mangonès 2025 à Daniel Élie et à Eddy Lubin

Remise du Prix Albert Mangonès 2025 à Daniel Élie et à Eddy Lubin COMMUNIQUÉ DE PRESSE Le Ministère de la Culture et de la Communication, l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN), la Chaire UNESCO en histoire et patrimoine de l’Université d’État d’Haïti (CUHP-UEH), l’Institut d’Études et de Recherches Africaines d’Haïti (IERAH) et le Musée Virtuel de la Révolution Haïtienne (MVRH) ont collaboré au lancement du Prix Albert Mangonès en 2024. Ce prix a été établi en hommage à l’architecte et sculpteur Albert Mangonès pour mettre en lumière les efforts d’une personne ou d’une organisation en faveur de la conservation des bâtiments, des lieux ou des objets liés à la Révolution haïtienne. Il met ainsi en évidence l’importance des contributions individuelles et institutionnelles dans la préservation de l’héritage collectif haïtien. Le Prix Albert Mangonès comprend une plaque honorifique ainsi qu’une collection d’œuvres de recherche-création, qui peuvent être des livres, des peintures, des sculptures, des films documentaires, des jeux vidéo ou encore de la musique représentant le patrimoine culturel hérité de la Révolution haïtienne. Pour sa seconde édition en 2025, il sera décerné à Eddy Lubin et à Daniel Élie. Bernard Pierre Eddy Lubin est né le 18 février 1955. Il a une expertise en héritage culturel, ayant été formé comme technicien en archéologie. De 1978 à 1990, dans le cadre de l’ISPAN, il a acquis une vaste expérience en archéologie, travaillant sur les sites de Puerto Real à Limonade et du complexe Sans Souci à Milot. Ses nombreuses publications témoignent de son intérêt profond pour l’évolution du système défensif et des sites emblématiques de la lutte pour l’indépendance haïtienne. En collaboration avec plusieurs autres spécialistes, il a élaboré des suggestions pour préserver et mettre en valeur l’armement de la Citadelle, les pétroglyphes de Cerca Carvajal, le site de Bois Caïman, ainsi que les centres historiques de Milot et de Fort Liberté. Ses travaux reflètent son constant souci pour les défis environnementaux, économiques, culturels et sociaux auxquels font face les générations actuelles et futures. Ministre de la Culture et de la Communication (2007-2008), il s’est distingué par son effort d’élaboration d’un document de politique culturelle et par son intérêt pour l’éducation culturelle et les lakous du vodou. Très généreux et toujours disponible pour la vulgarisation de connaissances, il réalise régulièrement des conférences dans les écoles, des tours éducatifs et des vidéos didactiques sur les édifices historiques et sites archéologiques. Jean Gabriel Daniel Élie est né le 11 janvier en 1954. Il a fait des études en génie-architecture à l’Université d’État d’Haïti, puis s’est spécialisé en conservation architecturale au Centre international pour la conservation des biens culturels (ICCROM) à Rome en Italie. De 1988 à 1996, dans le cadre de l’ISPAN, il a acquis une riche expérience dans des projets d’aménagement de centres-villes et d’édifices historiques. Il a entre autres travaillé sur la ville du Cap-Haïtien et l’Ancienne Cathédrale de Port-au-Prince. De 1997 à 1999, en tant qu’architecte au Bureau de la présidence, il a réalisé une série de projets de rénovation de places d’armes dans les villes de Jacmel, de Gonaïves et de Port-au-Prince. Il a donc contribué à la réhabilitation des sites commémoratifs dédiés à Jean-Jacques Dessalines, à Henry Christophe et à Toussaint Louverture. Il a été ministre de la Culture et de la Communication de 2006 à 2007 et directeur général de l’ISPAN de 2007 à 2011. Il s’est particulièrement distingué par la vulgarisation de connaissances sur le patrimoine culturel haïtien. Il a créé le Bulletin de l’ISPAN et supervisé la publication de 35 numéros, diffusant ainsi des informations de qualité sur les biens immobiliers ayant une valeur culturelle et historique de toutes les régions d’Haïti. Cette publication constitue une précieuse source d’information pour promouvoir, protéger et mettre en valeur le patrimoine culturel. Ces spécialistes sont donc dépositaires d’une part importante de l’héritage et de la mémoire du peuple haïtien. Ils ont consacré plus de quatre décennies de leur existence à la préservation des monuments et sites associés à la révolution haïtienne. Leurs connaissances et compétences contribuent à une compréhension plus profonde de notre identité collective. Les sites qu’ils ont contribué à préserver sont parmi les plus emblématiques du pays. Le Parc National Historique Citadelle, Sans-Souci, Ramiers figure sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Selon Albert Mangonès, ces sites sont des symboles de notre indépendance nationale et sont consacrés à la liberté de notre peuple. Nous recommandons les récipiendaires du prix Albert Mangonès au président de la République pour l’Ordre National Honneur et Mérite. Port-au-Prince, le 18 novembre 2025 Pour authentification Olsen JEAN-JULIEN, PhD Directeur Exécutif Musée virtuel de la Révolution haïtienne (MVRH)

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Haïti : Le musée oublié de la Citadelle Henry

Pourquoi n’a-t-on pas mentionné que la Citadelle Henry était un musée dans les récits de la tragédie du 11 avril 2026 ? Par Olsen JEAN-JULIEN, PhD https://www.alterpresse.org/Le-musee-oublie-de-la-Citadelle-Henry Soumis à AlterPresse le 23 avril 2026 1. Introduction « Dezòd sanzave » [1], délinquance administrative, défaillances structurelles, activités indécentes, mouvements de foule désordonnés, pluie, surfaces glissantes, brouillard, échauffourées, rixes, bousculades et asphyxies. [2] Ce sont les termes utilisés pour décrire la tragédie survenue à la Citadelle Henry lors d’un évènement festif le 11 avril 2026. Vingt-cinq personnes ont perdu la vie. [3] La police a arrêté sept individus, dont cinq policiers municipaux et deux employés de l’Institut de sauvegarde du patrimoine national (ISPAN) du ministère de la Culture et de la Communication, après ce « drame meurtrier ». [4] Le ministère a exprimé son indignation à l’égard de cet évènement, le qualifiant de profanation spectaculaire et de sacrilège de la Citadelle. [5] L’ISPAN a souligné l’attachement de la population à ces « lieux de mémoire ». [6] Toutefois, les dirigeants de ces institutions n’ont pas mentionné que la Citadelle Henry était un musée. Le groupe WhatsApp « Forum Patrimoines Haïti » compte 115 membres, dont de nombreux experts en préservation du patrimoine, des artistes, des architectes, des juristes et des journalistes. Après ce terrible événement, des centaines de messages ont été échangés sur cette plateforme. Cependant, personne du groupe n’a mentionné que la Citadelle Henry était un musée. La négation de la fonction spécifique de ce site de la part des responsables des institutions et des professionnels du patrimoine semble constituer à la fois un abus d’oubli et une défaillance de la mémoire historique. Les familles du département du Nord ont payé un lourd tribut avec la disparition de 25 êtres chers et irremplaçables : des sœurs, des frères, des cousins, des cousines, des filles et des fils. La société haïtienne est privée des rêves et de l’énergie que ces jeunes portaient en eux. Dans ces circonstances, le coût de l’oubli n’est-il pas manifestement plus élevé que celui de la préservation de la mémoire historique ? 2. Le musée de la Citadelle La Citadelle a été construite entre 1804 et 1820, sous la direction d’Henry Christophe, dans une dynamique de résistance du peuple haïtien contre l’esclavage, le colonialisme et le racisme. L’histoire de l’interprétation de la révolution haïtienne révèle que la Citadelle Henry remplissait trois fonctions majeures. Tout d’abord, elle était un poste d’observation situé à une altitude de plus de 900 mètres, offrant une vue panoramique sur les baies du Cap, de l’Acul et de Fort Dauphin (Fort Liberté), sur la Plaine du Nord et sur l’accès au Plateau central. Elle constituait un refuge et un centre de commandement difficile à atteindre dans une stratégie de défense de la révolution. Enfin, elle devait symboliser une utopie. Elle incarne une Haïti, ornée de magnifiques monuments, en quête de liberté, d’égalité et fraternité, et voulant transcender les inégalités et les situations d’oppression associées à l’esclavage et au colonialisme. En 1814, le baron de Vastey établit un lien entre la construction de la citadelle et le culte d’Henry Christophe. Il a appelé les Haïtiens à se rallier autour de cet esclave devenu roi, qu’il considérait comme un « génie tutélaire » envoyé par Dieu pour assurer notre salut. Cependant, il était également convaincu que ce salut dépendait de l’unité des Haïtiens pour la défense de leur liberté et de leur indépendance. Ah ! mes compatriotes ; haytiens, mes frères, mes amis, rallions-nous contre nos ennemis communs ; ne formons qu’un seul et même faisceau de nos armes ; rallions-nous autour de ce grand homme, de ce génie tutélaire, que la divinité a fait naître pour le salut des haytiens ; rallions-nous autour du grand Henry, de ce bon père, qui emploie toute sa sollicitude à faire le bonheur de la famille haytienne, dont tous les membres sont ses enfants ; N’est-ce pas le génie de ce grand homme, qui a élevé ces monuments pour la gloire de la Nation et qui attire sur vous l’admiration de l’étranger ? N’est-ce pas lui, qui a élevé cette fameuse citadelle sur le pic des Ferrières, unique dans le Nouveau Monde, par l’immensité de ses ouvrages, et qui n’a pas sa pareille dans l’ancien, par son site inattaquable ? Ces bienfaits, ces monuments sont les preuves de sa tendre sollicitude, pour faire votre bonheur, celle de vos familles et de vos enfants, ils assurent la défense de votre liberté et de votre indépendance, contre les attaques de ceux qui oseraient y attenter ! N’est-ce pas ce héros, qui, dédaignant les routes du vulgaire, a imprimé à la nation haïtienne ce noble caractère et ces sentiments généreux, qui distinguent l’homme libre, qui lui donne cette énergie et qui sera toujours l’effroi et la terreur des tyrans ? N’est-ce pas lui, qui, pendant vingt-cinq ans de combats, de peines et de travaux, a porté la hache, avec les héros haïtiens sur l’arbre antique du préjugé et de l’esclavage ? [7] Le peuple haïtien, et en particulier la population du département du Nord, perpétue encore aujourd’hui le culte de la liberté et d’Henry Christophe. Malgré les tentatives de ses détracteurs pour effacer sa mémoire, les murs de la citadelle restent l’un des témoignages les plus tangibles de la révolution haïtienne. Chaque année, pendant la Semaine sainte, un pèlerinage historique, culturel et spirituel est organisé. Des milliers d’Haïtiens arpentent la montagne pour aller à la citadelle Henry et témoigner de leur respect, de leur fierté et de leur admiration. [8] Kenrick Demesvar a étudié ce pèlerinage en 2013 dans le cadre de sa thèse de doctorat. Il a fait l’observation suivante. Lorsque la semaine sainte arrive à la fin du mois de mars, les visiteurs continuent à venir en affluence sur le site durant la deuxième semaine du mois d’avril entre les 10 et l1 avril, car, ils s’imaginent que cette période constitue la date de célébration de la fête de la Citadelle. Ce qui parfois occasionne deux périodes d’achalandage sur le site. [9] Ce pèlerinage annuel pourrait être perçu comme une tradition inventée et un rituel visant à établir un lien avec un passé historique représenté par le monument le plus emblématique de la victoire de la révolution haïtienne. [10] L’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN) a été créé le 29 mars 1979. Sous la direction d’Albert Mangonès, ses techniciens ont imaginé l’ensemble monumental comprenant la Citadelle Henry, le Palais Sans-Souci et le site des Ramiers comme un parc national historique, mettant en évidence la situation d’Haïti après la révolution. En 1982, ce parc a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Selon le rapport préparé par les techniciens du Conseil International des Monuments et Sites (ICOMOS), cette inscription correspond à un critère précis. La Citadelle nous rappelle qu’Haïti, le nouveau pays créé sous la direction de Jean-Jacques Dessalines, revêt une signification historique universelle, en tant que premier État fondé à l’époque contemporaine par des esclaves noirs ayant conquis leur liberté. [11] De 1979 à 1990, l’ISPAN s’est engagé dans un vaste projet de restauration qui a permis la mise hors d’eau de la Citadelle. Après plus d’une décennie consacrée à l’inventaire, à la collecte de données et aux travaux de conservation, le musée de la Citadelle a été lancé pour une courte durée en 1990. [12] En 1992, l’institution a publié un rapport qui a officiellement établi la vocation muséale de la Citadelle. La localisation géographique très particulière de la Citadelle, la remarquable originalité de son architecture et l’exceptionnelle richesse de son armement ont conditionné le choix du parti de restauration et de mise en valeur de ce monument lors de l’élaboration du projet conjoint ISPAN-PNUD-UNESCO en 1979. Les travaux se sont achevés par l’organisation de la Citadelle-Musée, conçue dans le cadre d’une exploitation imaginative du potentiel muséographique de l’espace architectural de la forteresse et de son parc d’artillerie.… Citadelle-Musée, telle est désormais la vocation de cet édifice plus que jamais symbole d’une liberté chèrement acquise. [13] Le concept d’aménagement « citadelle-musée » a été proposé lors de la mise hors d’eau de la Citadelle (1979-1990). Il a servi de fil conducteur pour la gestion et l’exploitation de ce bâtiment historique, en le transformant en un musée racontant l’histoire de la révolution haïtienne. Le concept de citadelle-musée était également associé à des exigences éducatives et de promotion touristique. À partir de la fin des années 1990, on a constaté une évolution progressive avec l’élaboration du Plan directeur Tourisme. La Citadelle Henry devait devenir un lieu de divertissement avec des restaurants, des croisiéristes, des boutiques et des spectacles. On la décrivait comme un site touristique devant être « rentable ». Entre 2006 et 2012, la gestion des parcs nationaux historiques en vue de la conservation de leurs significations culturelles a fait l’objet de multiples projets de recherche, de colloques et de conférences en Haïti. La Citadelle Henry s’inscrit dans cette dynamique. Le 9 mars 2009, le gouvernement a émis un décret créant le Comité interministériel d’aménagement du territoire (CIAT). Les parcs nationaux historiques, le ministère de la Culture et de la Communication (MCC) et celui du Tourisme y sont absents. Le 26 juillet 2009, le ministère de la Culture et des Communications (MCC) a présenté un projet de loi sur la gestion des parcs nationaux historiques au gouvernement. Celui-ci prévoyait la création d’une direction exécutive pour chaque parc ainsi que d’un Conseil national de gestion des parcs nationaux historiques regroupant les directeurs exécutifs. [14] Le 9 août 2012, le gouvernement a publié un arrêté instituant un Comité interministériel de gestion du Parc national historique Citadelle/Sans-souci/Ramiers. En 2013, l’ISPAN et le Musée du Panthéon national haïtien (MUPANAH) ont engagé l’entreprise Moun Studio, dirigée par l’architecte Daniel Élie, pour concevoir un projet de musée de l’Artillerie à la Citadelle Henry. Élie a imaginé un musée mettant en évidence le remarquable arsenal d’artillerie de la Citadelle Henry. Ce dernier compte plus de 163 pièces, dont 124 canons, 9 obusiers, 27 mortiers, 2 perriers et 1 pierrier. [15] Les ressources documentaires utilisées pour créer ce musée ont servi à la réalisation d’un film documentaire intitulé « Citadelle Musée », produit en 2015 par Daniel Élie et Philippe Chatelain. [16] En 2022, le Conseil International des Musées a proposé une nouvelle définition du concept de musée, mettant l’accent sur son rôle central dans les sphères de la culture et de l’éducation. Un musée est une institution permanente, à but non lucratif et au service de la société, qui se consacre à la recherche, la collecte, la conservation, l’interprétation et l’exposition du patrimoine matériel et immatériel. Ouvert au public, accessible et inclusif, il encourage la diversité et la durabilité. Les musées opèrent et communiquent de manière éthique et professionnelle, avec la participation de diverses communautés. Ils offrent à leurs publics des expériences variées d’éducation, de divertissement, de réflexion et de partage de connaissances. [17] Tenant compte de la nécessité pour les musées d’être permanents et inclusifs, en 2024, j’ai présenté une appréciation critique du documentaire Citadelle-Musée. J’ai souligné que l’interprétation qu’on en fait met de l’avant la dimension militaire en insistant beaucoup sur la personne de Christophe. Les auteurs n’avaient pas assez accentué sur la portée historique et les utopies de la révolution haïtienne. [18] Ainsi, il ne fait aucun doute que la Citadelle Henry est un musée. Il a formellement été dans les préoccupations liées à la conservation du patrimoine en Haïti de 1992 à 2024. Pourtant, elle n’a jamais été présentée comme telle dans les récits de la tragédie du 11 avril 2026. S’agit-il d’un oubli délibéré révélant les défaillances structurelles dont parle le ministère de la Culture et de la Communication ? 3. La défaillance de l’ISPAN L’annonce du décès de 25 personnes à la citadelle Henry a réactivé le débat sur la gestion inadéquate des sites historiques et archéologiques en Haïti. L’indignation et l’émotion sont actuellement au cœur des préoccupations. On cherche des responsables, on limoge quelques cadres professionnels et certains ont même démissionné. C’était le cas après l’incendie de l’ancienne cathédrale de Port-au-Prince, alors en restauration, en 1990, après celui de la Chapelle de Milot en 2020, et après le vol des canons de la Citadelle en 2024. Une enquête a été ouverte et se poursuit. Dans l’attente des résultats, un autre scandale survient. Les scandales s’enchaînent, et l’impunité s’installe, faisant de la défaillance une pratique courante. En ce qui a trait au musée de la Citadelle Henry, la défaillance de l’ISPAN remonte au moins à deux décennies. Cette défaillance a été constatée en 2006. Cette année-là, des panneaux solaires ont été volés et une exposition a été vandalisée. Le ministère de la Culture et de la Communication a mis sur pied une commission de restructuration de l’ISPAN pour examiner la crise de l’organisation, en impliquant les employés. Les termes suivants sont ceux qu’a utilisés M. Jean Hérold Pérard, directeur général à l’époque, dans son rapport de juillet 2006. …l’ISPAN n’a pas réussi à atteindre son vrai potentiel pour se structurer comme organisme à vocation nationale et publique. En effet, de nombreux facteurs ont ralenti sa croissance. Les distorsions dans les politiques de développement nationales constituent l’une des raisons principales. Le manque d’intérêt et de compréhension des décideurs publics pour le patrimoine et la culture en général en est une autre. [19] Dès la fermeture du projet de la Citadelle en 1988, privé des ressources additionnelles qui lui permettaient de compléter son budget de fonctionnement nettement insuffisant, l’ISPAN vit une situation catastrophique. Face à la précarité et la faiblesse du budget alloué, l’ISPAN est inefficace, voire inapte à assurer la mise en valeur du Patrimoine national, élément majeur dans le développement de l’identité culturelle du peuple haïtien et condition nécessaire à la consolidation de l’État-nation, et à la définition d’un cadre organisationnel cohérent et adapté aux réalités nationales, apte à garantir un développement durable. [20] En 2006, des recommandations très précises ont été formulées pour la restructuration de l’ISPAN. Cependant, ces recommandations n’ont pas été systématiquement mises en application. Aujourd’hui, après 20 ans, on compte des pertes en vies humaines en raison de ces défaillances. La gestion d’un musée implique un ensemble d’actions structurées en quatre grands moments, qui permettent d’anticiper et de prévenir les tragédies de ce genre. Ces quatre moments sont la planification, l’organisation, la direction et le contrôle. [21] Toutefois, pour mener à bien ces actions, il est essentiel de disposer d’une solide équipe de direction qui assure un leadership inspirant, une vision claire, des orientations efficaces et des moyens logistiques et financiers. Lorsqu’un musée détient une collection aussi importante que celle de la Citadelle Henry, l’équipe de gestion doit accomplir deux fonctions majeures. Tout d’abord, elle doit élaborer et mettre en œuvre une politique de conservation de la collection. Ensuite, elle doit concevoir un ensemble de dispositifs et de procédures innovants pour exploiter la collection en collaboration avec la communauté. [22] Ces deux fonctions exigent des activités de planification et de structuration rigoureuses, ainsi qu’une présence sur le terrain pour diriger et contrôler les opérations. Les musées dotés de ressources importantes assurent ces deux fonctions grâce à des équipes pluridisciplinaires de gestionnaires, de muséologues, de conservateurs, d’historiens, d’anthropologues, d’archéologues et d’historiens de l’art. Dans les situations où le budget est limité, une seule personne peut endosser plusieurs rôles. Les projets ponctuels et les consultants peuvent pallier les insuffisances et renforcer les compétences de l’institution. Selon l’ICOM, un musée se définit par la qualité et la diversité de ses expositions, des expériences éducatives, de divertissement, de réflexion et de partage de connaissances avec sa communauté. [23] Autrement dit, la réussite dans un musée dépend d’une direction visionnaire, de ressources logistiques et d’équipes de professionnels qui s’engagent à préserver et à exploiter adéquatement sa collection. La défaillance de l’ISPAN à la Citadelle Henry se manifeste par l’absence de ces éléments alors que des centaines de personnes se retrouvent simultanément sur le site du musée. On peut emprunter les propos de Jean Hérold Perard, en 2006, pour dire que cette défaillance est due à des distorsions dans les politiques nationales de développement ainsi qu’à un manque d’intérêt et de compréhension de la part des décideurs publics pour la culture et le patrimoine. [24] Voici une triste anecdote qui illustre bien ces distorsions et incompréhensions dans la situation actuelle. Un arrêté publié le 16 février 2026 prévoyait la mobilisation de huit ministres et du premier ministre du gouvernement pour gérer un seul parc. [25] Moins de deux mois plus tard, vingt-cinq personnes y ont trouvé la mort. Face à ces évènements, l’une des réactions les plus fermes est venue du ministère de la Culture et de la Communication. Selon le ministre, le drame de la citadelle est dû à une délinquance administrative et à des défaillances dans les structures départementales du Nord de ses services techniques et de l’Institut de sauvegarde du patrimoine national (ISPAN). [26] Mais, pourquoi le MCC et l’ISPAN n’ont-ils pas mentionné que la Citadelle Henry était un musée dans le récit des évènements du 11 avril 2026 ? S’agit-il d’un abus d’oubli ou d’une défaillance de la mémoire historique ? 4. Abus d’oubli et défaillance de la mémoire historique : quelles alternatives ? Les récits entourant la tragédie du 11 avril 2026 semblent osciller entre un abus d’oubli et une défaillance de la mémoire historique. Admettre que la Citadelle Henry est un musée dans cette situation tragique signifierait reconnaître une défaillance administrative. Ce serait un aveu d’échec, car on sait bien ce qu’un musée devrait être : un lieu de conservation et d’exploitation d’une collection à travers des expositions et des expériences éducatives et récréatives variées. Dans les récits proposés, on a plutôt utilisé des termes génériques tels que « lieu de mémoire », « lieu symbolique » ou « lieu imprégné d’histoire ». Comme l’explique Paul Ricœur, nous assistons à un abus d’oubli qui se greffe sur un travail de configuration du récit. On raconte l’histoire autrement, en supprimant, en déplaçant les accents d’importance, en refigurant différemment les personnages de l’action ainsi que les contours de l’action elle-même. [27] Ricœur a décrit une figure positive de l’oubli, qu’il a nommée « oubli de réserve ». Il considère l’oubli comme une réserve stratégique, un « trésor d’oubli », où l’on peut piocher en cas de besoin ou de plaisir pour se remémorer ce qu’on a vu, entendu, ressenti, appris ou acquis. [28] L’oubli de réserve permet une immersion plus profonde dans le moment présent. Toutefois, lorsque la mise en récit devient un instrument aux mains du pouvoir, celui-ci peut imposer un récit officiel qui occulte des parties de la vérité historique. Cette tactique est souvent accompagnée de menaces, de flatteries et de séduction. Cette forme retorse d’oubli peut entraîner la dépossession des acteurs sociaux de leur capacité à raconter leur propre histoire. [29] Au-delà de l’abus d’oubli, on peut aussi déceler une défaillance de la mémoire historique dans le contexte actuel. Les pèlerinages annuels à la Citadelle Henry représentent d’énormes trésors culturels et historiques pour la préservation du site. C’est une richesse fragile, très mal connue, faute de programmes de recherche, de vulgarisation et de mise en valeur. C’est l’une des activités principales que le musée de la Citadelle Henry devrait faire afin d’encadrer les énergies des jeunes qui fréquentent le site et de les convertir en sources de créativité et d’épanouissement. Or, ce musée demeure toujours fermé. Les pèlerinages constituent des rites de passage permettant d’accéder à des lieux sacrés. Les recherches anthropologiques ont montré la nature complexe de ces voyages. D’un côté, les pèlerinages peuvent être des manifestations de la dimension communautaire de toute société, en montrant la spontanéité des liens qui unissent les individus. [30] Ils permettent de transcender les marqueurs quotidiens des structures sociales, comme la classe, le niveau d’éducation, le statut ou l’affiliation politique. [31] D’un autre côté, les pèlerinages peuvent être des lieux où émergent des contestations et des conflits, ainsi que des interprétations divergentes quant aux dimensions sacrées et non sacrées des sites. Les tensions dans les pèlerinages peuvent être alimentées par les élites religieuses et politiques, qui considèrent les sites comme une source de pouvoir et de revenus. [32] Depuis le Moyen Âge, on a documenté l’émergence de conflits liés à la présence de pèlerins délinquants qui font du pèlerinage un lieu de débauche continue. [33] De nos jours, des délinquants peuvent aussi s’infiltrer pour faire le commerce de la drogue, de l’alcool ou du sexe. Les pèlerinages autour de la Citadelle Henry dépassent le simple culte de la personne de Christophe. En effet, dans la citation précédente, Baron de Vastey exhorte les Haïtiens à s’unir et à se rassembler pour former un seul et même faisceau, afin de défendre la liberté et l’indépendance, en combattant leurs ennemis communs. Les pèlerinages racontent l’histoire de cette unité à leur manière. Ils se dirigent également vers d’autres lieux symboliques du vodou dans le nord et le plateau central, comme la Porte Saint-Jacques, le Bassin Saint-Jacques, la voûte-à-Minguet et la grotte Saint Francisque. De plus, ces pèlerinages ne se limitent pas à la semaine sainte. [34] Chaque année, autour du 25 juillet, des cérémonies en l’honneur de la divinité vodou Ogou Feray sont organisées à Porte-Saint-Jacques, au pied de la Citadelle, à l’ouest du Bonnet à l’Évêque. [35] Cette célébration pourrait également être interprétée comme une forme de vénération envers Jean-Jacques Dessalines, qui a été divinisé par le peuple haïtien sous le nom d’Ogou Desalin. Joan Dayan a remarqué que la rationalité radicale de Toussaint Louverture ou la magnificence royale d’Henry Christophe n’ont pas suffi pour leur conférer le prestige légendaire de divinité que Dessalines détient dans l’imaginaire haïtien. [36] Pour mieux comprendre la nature particulière de ces nombreux pèlerinages autour de la Citadelle Henry, il est crucial de s’engager dans un processus de réhabilitation de notre mémoire historique. Cette démarche est cruciale pour explorer la richesse culturelle et l’héritage historique profond de ce musée. Des recherches approfondies sur les lieux, les chants, les danses, les mythes et les récits qui émanent de ces pèlerinages nous permettront de mettre en lumière les nombreuses contributions qui ont rendu possible la révolution haïtienne. Au-delà des pèlerinages, il s’agit de mieux décrire les rôles des femmes, des guerrières et guerriers africains, des vodouisants et des chrétiens, des guérisseurs, des soignants, des responsables de l’approvisionnement et de la cuisine, des agriculteurs, des maçons, des charpentiers et des artistes. Il est également important de souligner les contributions significatives de certains Français, Anglais, Espagnols et Polonais dans cette révolution. Enfin, il est question de mieux décrire les mondes potentiels que les Haïtiens ont imaginés pendant et après la révolution : quel pays avons-nous voulu faire émerger ? Ces mondes potentiels sont au cœur de l’imagination créatrice débordante et de la culture visuelle du peuple haïtien. On les retrouve dans les chants, les contes, les corps dansants, les rituels, les vèvès et la peinture haïtienne. Pour éviter la silenciation et l’oubli, nous devrions clamer haut et fort que le musée national le plus important d’Haïti reste démuni et fermé, alors que les citoyens continuent de s’y rendre régulièrement. La période entourant la semaine sainte devrait être consacrée à la tenue d’expositions et d’activités éducatives de grande qualité sur l’héritage culturel riche issu de la révolution haïtienne. Des stratégies devraient être mises en place pour profiter de ces périodes d’affluence afin de recueillir des ressources et des informations pour préserver le patrimoine. Le drame survenu à la Citadelle-Henry le 11 avril 2026 n’est pas un événement isolé ni inévitable. Vingt-cinq jeunes Haïtiens ont payé de leur vie le prix de l’abus d’oubli et de la défaillance de notre mémoire historique. Le respect pour leur vie et leur dignité devrait nous inciter à dire la vérité au pouvoir. Si le musée de la Citadelle Henry fonctionnait normalement, une équipe de direction composée de muséologues, de conservateurs, de commissaires, d’animateurs et de spécialistes de la sécurité serait présente pour accompagner les jeunes pèlerins dans leur quête d’accès à leur histoire. Ce terrible événement nous a appris une leçon fondamentale : oublier coûte plus cher que préserver la mémoire historique. Pour mieux utiliser la leçon tirée de cette expérience tragique, il ne s’agit pas de se lamenter et d’attendre la prochaine catastrophe. Tout d’abord, il faut un texte législatif clair qui définit la Citadelle Henry comme un musée dédié à la Révolution haïtienne et qui énonce les principes de sa gestion en impliquant toutes les parties prenantes. Ensuite, pour accueillir dignement les pèlerins et autres visiteurs, il est crucial de mettre en place un plan ambitieux de conservation et d’aménagement muséal qui reflète l’importance historique et culturelle considérable de ce lieu. [1] Dans une entrevue avec Rico News, un gardien de la Citadelle a identifié la cause majeure du drame ainsi : « Dezòd sanzave ! ». (Désordre des sans-aveu). [2] Émmanuel Ménard, « Communiqué de presse du Ministère de la Culture et de la Communication », Port-au-Prince, 13 avril 2026. Fenel Pélissier et al., « Déroulé détaillé du drame à la Citadelle Laferrière Fenel Pélissier, Wethzer Piercin, Jérôme Wendy Norestyl et Widlore Mérancourt », AyiboPost, 13 avril 2026, https://ayibopost.com/deroule-detaille-du-drame-a-la-citadelle-laferriere/. Widlore Mérancourt, « Comprendre le drame survenu à la Citadelle Laferrière », AyiboPost, 12 avril 2026, https://ayibopost.com/comprendre-le-drame-survenu-a-la-citadelle-laferriere/. Éddy Lubin, Événements survenus à la Citadelle Henry, Rapport officiel circonstancié (Institut de Sauvegarde du Patrimoine National, 2026). [3] Polis Nasyonal Ayiti, « Bilan sou sitiyasyon trajik nan Milo », Page Facebook de la Police Nationale d’Haïti, 12 avril 2026, https://www.facebook.com/photo?fbid=1386122510214258&set=a.254490180044169. [4] Polis Nasyonal Ayiti, « Arestasyon sèt (7) moun aprè trajedi ki rive nan Sitadèl Laferyè a », Page Facebook de la Police Nationale d’Haïti, 13 avril 2026, https://www.facebook.com/photo?fbid=1386122510214258&set=a.254490180044169. [5] Ménard, « Communiqué de presse du Ministère de la Culture et de la Communication ». [6] Lubin, Événements survenus à la Citadelle Henry. [7] Le Baron de Vastey, Le système colonial devoilé (P. Roux, imprimeur du Roi, 1814), 93, https://archive.org/details/lesystemecolonia00vast. [8] Kenrick Demesvar, « Interprétation et mise en valeur du patrimoine naturel et culturel, matériel et immatériel dans les parcs nationaux. Cas du Parc National Historique  : Citadelle, Sans-Souci, Ramiers de la République d’Haïti. » (Thèse de doctorat, Université Laval, 2015), 157‑60. [9] Demesvar, « Interprétation et mise en valeur du patrimoine naturel et culturel, matériel et immatériel dans les parcs nationaux. Cas du Parc National Historique  : Citadelle, Sans-Souci, Ramiers de la République d’Haïti. », 160. [10] Eric Hobsbawm, « Inventer des traditions », trad. par André Mary et al., Enquête. Archives de la revue Enquête, no 2 (décembre 1995) : 2, https://doi.org/10.4000/enquete.319. Selon Hobsbawm, « les traditions inventées désignent un ensemble de pratiques de nature rituelle et symbolique qui sont normalement gouvernées par des règles ouvertement ou tacitement acceptées et qui cherchent à inculquer certaines valeurs et normes de comportement par la répétition, ce qui implique automatiquement une continuité avec le passé. En fait, là où c’est possible, elles tentent normalement d’établir une continuité avec un passé historique approprié ». [11] ICOMOS, Parc National Historique Citadelle, Sans-Souci, Ramiers (ICOMOS, 1981), https://whc.unesco.org/fr/list/180/. [12] Demesvar, « Interprétation et mise en valeur du patrimoine naturel et culturel, matériel et immatériel dans les parcs nationaux. Cas du Parc National Historique  : Citadelle, Sans-Souci, Ramiers de la République d’Haïti. », 128. [13] Albert Mangonès et al., Haïti la citadelle. La grande batterie des caraibes (ISPAN., 1992), 85. [14] Olsen Jean-Julien et Ministère de la Culture et de la Communication, « Avant-projet de loi sur la gestion des parcs nationaux historiques. », 26 juillet 2009. [15] ISPAN et al., « Musée de l’Artillerie de la Citadelle Henry », Port-au-Prince Haïti, 17 novembre 2013. [16] Daniel Élie et Jean-Philippe Chatelain, « Citadelle-Musée - Fiche technique du film documentaire », avec Moun Studio, juin 2015. [17] ICOM, « Définition du musée », International Council of Museums, Prague, 24 août 2022, https://icom.museum/fr/ressources/normes-et-lignes-directrices/definition-du-musee/. [18] Olsen Jean-Julien, « Haïti  : Le Vol Des Canons à La Citadelle Henry, Entre Silencement et Impunité », AlterPresse, 6 juillet 2024, https://www.alterpresse.org/spip.php?article30644. [19] Jean-Hérold Pérard, Rapport-Bilan (Institut de sauvegarde du patrimoine national (ISPAN), 2006), 6. [20] Pérard, Rapport-Bilan, 9. [21] Richard Déry et al., Le management. Montréal  : Les Éditions JFD inc. (Les Éditions JFD inc., 2015), 335. [22] Gary Edson, « Gestion des musées », in Comment gérer un musée  : Manuel pratique, ICOM, éd. par Patrick Boylan (UNESCO, 2006). [23] ICOM, « Définition du musée ». [24] Pérard, Rapport-Bilan, 6. [25] « Arrêté révisant celui du 9 août 2012 instituant un comité interministériel de gestion du parc national historique citadelle/sans-souci/ramiers », Le Moniteur, Journal officiel de la République d’Haïti, 16 février 2026. [26] Ménard, « Communiqué de presse du Ministère de la Culture et de la Communication ». [27] Paul Ricoeur, La mémoire, l’histoire et l’oubli (Éditions du Seuil (Kindle Edition), 2000). [28] Ricoeur, La mémoire, l’histoire et l’oubli, emplacement 12395. [29] Ricoeur, La mémoire, l’histoire et l’oubli, emplacement 13123. [30] Victor W. Turner et Edith Turner, Image and Pilgrimage in Christian Culture (Columbia University Press, 1978 ; repr., Columbia University Press, 2011), 32. [31] Di Giovine et Michael A, « Pilgrimage : Communitas and Contestation, Unity and Difference - An Introduction », Tourism : An International Interdisciplinary Journal 59, no 3 (2011) : 247‑69, https://hrcak.srce.hr/clanak/109870. [32] John Eade et Michael Sallnow, Contesting the sacred  : The anthropology of pilgrimage (Illinois University Press, 1990 ; repr., Wipf and Stock Publishers, 2013), xxi. [33] Louis XIV, « Lettres patentes du roi concernant les pèlerins et pour empêcher les abus qui se commettent dans les pèlerinages. », in Recueil des déclarations, édits, lettres patentes, et arrêts du Conseil d’État du Roi, enregistrés au Parlement de Dijon (1666-1689) (17-20 ; Jean Ressayre, 1671), 17. [34] Demesvar, « Interprétation et mise en valeur du patrimoine naturel et culturel, matériel et immatériel dans les parcs nationaux. Cas du Parc National Historique  : Citadelle, Sans-Souci, Ramiers de la République d’Haïti. », 217. [35] Rachel Beauvoir-Dominique et Eddy Lubin, Investigations autour du site historique du Bois Caïman (les Éditions du CIDIHCA, 2019), 67. [36] Joan Dayan, Haiti, History, and the Gods, 1st edition (University of California Press, 1996), 17.

HENRY CHRISTOPHE - DÉCLARATION DU 20 NOVEMBRE 1816

L’année 2025 marque le bicentenaire de la publication de l’ordonnance du 17 avril 1825 du Roi français Charles X (1824-1830). Il « reconnait » l’indépendance d’Haïti en échange de ce que les historiens ont appelé une double dette. En voici le texte. Voulant pourvoir à ce que réclame l’intérêt du commerce français, les malheurs des anciens colons de Saint-Domingue, et l’état précaire des habitants de cette île, nous avons ordonné ce qui suit : Art. 1. Les ports de la partie française de Saint-Domingue seront ouverts au commerce de toutes les nations. Les droits perçus dans ces ports, soit sur les navires, soit sur les marchandises, tant à l’entrée qu’à la sortie seront égaux et uniformes pour tous les pavillons, excepté le pavillon français, en faveur duquel les droits seraient réduits de moitié. Art. 2. Les habitants actuels de la partie française de Saint-Domingue verseront à la caisse générale des dépôts et consignations de France, en cinq termes égaux, d’année en année, le premier échéant au trente-et-un décembre 1825, la somme de cent cinquante millions de francs, destinés à dédommager les anciens colons qui réclameront des indemnités. Art. 3. Nous concédons, à ces conditions, par la présente ordonnance aux habitants actuels de la partie française de Saint-Domingue, l’indépendance pleine et entière de leur gouvernement. Cette ordonnance a été émise environ cinq ans après le décès d’Henry Christophe (8 octobre 1820). Madiou a écrit que cette ordonnance avait été rendue par Charles X de son autorité souveraine sans consulter le gouvernement haïtien. L’ordonnance devait être acceptée sans réserve, sinon la France aurait engagé des hostilités contre Haïti. (Thomas Madiou, Histoire d’Haïti, Tome VI, p. 448. Édition 1989.) Le 25 mars 2025, la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME) a publié une note d’information consacrée à cette question. (« La double dette d’Haïti (1825-2025) – Une question actuelle » https://memoire-esclavage.org/double-dette-dhaiti.) Dans cette note, les auteurs caractérisent la dette comme un mécanisme de passage d’une colonisation par l’esclavage à une néo-colonisation économique. « L’ordonnance de 1825, en imposant en Haïti cette indemnité de 150 millions de francs-or pour obtenir la reconnaissance de son indépendance, marque le début d’un cycle de dépendance économique durable. » Dans cette déclaration, datée du 20 novembre 1816, le roi Henry Christophe a exprimé une vision différente. Il soutient que la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti devrait découler de relations diplomatiques fondées sur le respect des droits et des intérêts du peuple haïtien. Nous avons choisi les extraits suivants pour notre montage artistique. « Plein de confiance dans la justice de notre cause et de la légitimité de nos droits, et n’ayant point de secret à garder envers notre peuple, nos intérêts étant les mêmes et liés d’une manière indissoluble, nous nous sommes faits une impérieuse loi de traiter publiquement les affaires qui ont rapport à la liberté et à l’indépendance du peuple haytien. Nous n’avons pas seulement à travailler pour assurer l’existence, la liberté et l’indépendance de la génération actuelle. Mais il faut encore, que nous travaillons pour assurer la possession et la jouissance de ces biens précieux, aux générations qui viendront après nous. Et ce n’est que par nos constants efforts, notre sagesse et notre prudence que nous pourrons y parvenir. À CES CAUSES, nous avons déclaré et nous déclarons solennellement que : Nous ne traiterons avec le gouvernement français, que sur le même pied, de puissance à puissance, de souverain à souverain. Lorsque nous traiterons, nous ne consentirons à aucun traité quelconque, qui ne comprendrait la liberté et l’indépendance de la généralité des haytiens qui habitent les trois provinces du Royaume, connues sous la dénomination du Nord, de l’Ouest et du Sud, notre territoire, la cause du peuple haytien étant une et indivisible. Le pavillon français ne sera point admis dans aucun des ports du Royaume, ni aucun individu de cette nation, jusqu’à ce que l’indépendance d’Hayti soit définitivement reconnue par le gouvernement français. Nous remettons la justice de notre cause dans les mains de Dieu, qui punit toujours les injustes et les agresseurs. Nous soutiendrons la dignité de notre couronne, les droits et les intérêts du peuple haytien, et nous nous reposons avec confiance sur sa bravoure, son zèle et son amour pour la patrie, afin de nous seconder, de tous ses efforts, dans la défense de ses droits, de sa liberté et de son indépendance! Donné en notre Palais de Sans-Souci, le 20 Novembre 1816. » Nous publions sur le site du MVRH le document complet de la déclaration qui inclut aussi un ensemble de « pièces justificatives ». https://www.haitirevolution.org/exhibition-gallery/futures-expositions/memoires-vivantes-de-la-revolution-haitienne/11

GUYODO : A manifesting energy

The name on Guyodo’s birth certificate is Frantz Jacques. Born on December 7, 1973, he spent his formative years in the vibrant district of Granri, located in the heart of Port-au-Prince, Haiti. He creates drawings, paintings, and sculptures as a medium to share the vivid images that are dancing in his mind. Guyodo is his artist’s name. In October 2024, I encountered Guyodo at Quisqueya University in Port-au-Prince. I had met him before, but this time, he seemed different. He was filled with anger. Because of the gang violence, he had lost his art studio in Granri. He not only suffered a financial setback, but also lost the place that sparked his creativity, leading to the creation of stunning works of art. That gave him a feeling of disgust. From October 22 to 26, 2024, the Virtual Museum of the Haitian Revolution (VMHR) held a training seminar in partnership with the Cultural Conservation Center at Quisqueya University (CCC-UniQ). The seminar gathered 20 artists from Port-au-Prince who had been victims of insecurity. It provided an opportunity to listen to their stories and discuss their experiences, which helped us better understand their situation. The objective was to identify the actions that we could take to protect the artworks and improve the living conditions of artists. After the training seminar, with the support of ALIPH (https://www.aliph-foundation.org), we helped the artists to relocate endangered artworks. We provided them with resources so they can keep creating. These included paints, paintbrushes, canvas, pliers, drills, batteries, metal sheets, and air compressors. Guyodo was one of the artists who was determined to get back on his feet so he could continue to impart his knowledge to the children in his neighborhood. He told us bluntly that the modest assistance we could offer would not be enough to compensate for his losses. However, he appreciated it as a gesture of encouragement to get back to work. In fact, Guyodo has never stopped working. During the training seminar, he didn’t use the notebook we gave him to take notes. He spent most of his time drawing. He understood everything we explained, but he had an overwhelming desire to draw out the dancing images in his mind. One year later, I was very happy to see the poster announcing the opening of his exhibition. I had a conversation with him to express my congratulations. I also asked him to send me some photos of the paintings that will be displayed. When I inquired whether he had new paintings for this exhibition, he replied, “Everything is new.” He shared photos of these three paintings along with videos of many others. For those familiar with elements of Vodou visual culture, such as vèvè, bizango images, and representations of Legba or Bawon Samdi, these paintings are striking. They convey messages of hope and strength to overcome the fear of death and despair. The power and vibrations emanating from Guyodo’s paintings give them unparalleled originality. I sent him this message: “The paintings are powerful, Guyodo. What do these images represent?” Here is his reply. “For me, it’s just energy. An energy that is set free. Many people will see it for what it is. But some people told me that this painting depicts a particular spiritual entity or a particular object. I don’t go there. All I can see is a manifesting energy.” During the final session of the training seminar, Guyodo shared that he creates art because he wants Haiti to move forward. Through his latest creations, he conveys that his beloved Haiti still has the strength and energy to free itself from its current dire situation. Let’s go see the Guyodo exhibition! Olsen Jean-Julien, PhD December 10, 2025

Visite virtuelle

Haïti : Palais Sans Souci / visite virtuelle

Plongez dans une expérience immersive unique en enfilant votre casque de réalité virtuelle ou en utilisant simplement votre téléphone pour explorer ce joyau du patrimoine mondial. Le Palais Sans Souci, situé près de la ville de Milot dans le nord d’Haïti, fut érigé au début du XIXe siècle sous le règne du roi Henri Ier, également connu sous le nom d’Henri Christophe. En tant que palais royal de Henri Ier, il était destiné à rivaliser avec les somptueux édifices européens de l’époque, tant en termes de grandeur que de sophistication architecturale. Entouré de jardins exquis et de fontaines, le Palais Sans Souci était autrefois une résidence somptueuse, offrant un cadre luxueux à son occupant royal. Le nom "Sans Souci" traduit en français comme "Sans Soucis" reflète parfaitement l’atmosphère insouciante et opulente qui régnait en ces lieux. Préparez-vous à être émerveillé par la splendeur architecturale et l’histoire captivante du Palais Sans Souci lors de cette visite virtuelle. Que vous soyez équipé d’un casque de réalité virtuelle ou simplement en utilisant votre téléphone, cette expérience vous transportera au cœur de ce site historique exceptionnel, offrant un regard privilégié sur la grandeur passée de ce palais remarquable. Vivez une immersion totale et découvrez les trésors cachés de ce patrimoine mondial, vous invitant à un voyage à travers le temps et la richesse culturelle d’Haïti.

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LESPWA FÈ VIV - Film of the project

Haïti, 1825 : de l’indépendance à la dette - Conférence de Jean Alix René


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Le système d’information est une plateforme de relation. Il est dédié à la mise en valeur, à la protection et à la transmission du patrimoine culturel haïtien. Il facilite le partage de données et la collaboration entre les institutions publiques, les universités, les chercheurs, les organismes dédiés à la préservation du patrimoine et vous-même. Ainsi, il renforce les partenariats existant et inspire la réalisation d’initiatives et de projets conjoints au service de la mémoire collective.

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